avr 23


En se rendant dans une exploitation agricole de l’Essonne le 6 avril dernier, Nicolas Sarkozy lançait le début de sa campagne de séduction du monde agricole. Les représentants des grandes cultures, pourtant les « plus nantis » des agriculteurs, même en ces temps de crise avaient fait part, dès le lendemain, de leur scepticisme devant les mesures que le chef de l’Etat assurait vouloir mettre en œuvre, pour « ne laisser personne au bord du chemin », selon sa formule désormais consacrée. Las, le comité de suivi des grandes cultures du 14 avril a accouché d’une souris, les mesures étant reportées à la fin de l’année, et encore, si l’évolution de la conjoncture les justifiait toujours. « Chat échaudé craint l’eau froide » n’est pas un problème paysan pour rien, et les céréaliers d’Ile de France maintenaient leur mot d’ordre de manifestation sur les Champs Elysées pour le 27 avril. Mieux, ils sont maintenant rejoints par de plus en plus d’exploitants du nord du pays ou de Champagne et même de Midi Pyrénées. Ils l’ont largement fait savoir au cours d’une conférence de presse, dans les locaux mêmes de la FNSEA, alors que leur Président Jean-Michel Lemétayer avait été reçu la veille à l’Elysée. En langage de commentateur politique, au lendemain d’élections, on appelle cela « un désaveu ». L’ampleur du défilé qui se déroulera sur le parcours traditionnellement réservé aux syndicats ouvriers ou enseignants, entre Batille, Nation et République permettra de juger si ce terme de désaveu n’est pas un peu faible. Les agriculteurs rejoignent, pour se faire entendre, les grands boulevards réservés « aux damnés de la terre ».

avr 12


La lourde déconvenue des élections régionales aura au moins le mérite, pour les agriculteurs, de rendre les hommes politiques de la majorité plus curieux des problèmes du monde rural. Nicolas Sarkozy a donné le coup d’envoi, mardi dernier 7 avril, en se rendant dans une exploitation en région parisienne. Pas d’annonce précise, mais une visite toute médiatique et largement relayée par la presse pour bien faire savoir que le Président n’entendait pas laisser tomber les paysans. Visite de parcelles de culture et opération questions-réponses dans un hangar au milieu des bottes de foin. En costume cravate, toutefois. Dominique de Villepin a fait beaucoup mieux, vendredi en visite dans les Hauts de Saône. Il n’a pas hésité à troquer son complet veston habituel pour une tenue de travail agricole et un gilet aux couleurs du syndicat Jeunes Agriculteurs. Il n’a pas hésité à traire une vache et pris dans ses bras un agneau, une variante du porcelet qu’il avait bercé lors du dernier salon de l’agriculture. L’ancien premier ministre y prend décidément goût. Le même jour, Bruno Le Maire, ministre de Nicolas Sarkozy, mais fidèle à Dominique de Villepin, faisait aussi un retour à la ferme, dans l’Eure, son fief électoral où il a toutefois largement chuté lors des régionales. Un retour aux sources après les estrades de la campagne électorale. Toutes ces manifestations « d’intérêt » sauront elles convaincre les agriculteurs ou apparaîtront-elles comme des manœuvres purement électoralistes ? Officiellement tous les agriculteurs qui ont assisté à ces escapades fermières se sont félicités de ce que leurs visiteurs aient su les écouter et comprendre leurs problèmes. L’absence remarquée de certains de leurs leaders, lors des dernières sorties du Président, laisse toutefois perplexe. Devant tant d’empressement, le bon sens paysan, les rendrait-ils dubitatifs ? Quant au parti socialiste, on ne peut guère l’accuser de faire de la surenchère. Il est d’une discrétion assourdissante.