Le champagne a du être sabré en ce début de semaine chez les industriels les plus cités comme étant parmi les grands ennemis de la protection de l’environnement. Coup sur coup, deux actualités ont pu les réconforter. La première provient d’une étude publiée, lundi 12, par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Ce rapport indique que sur 70 000 échantillons, étudiés en 2008, provenant de 200 aliments différents, sur lesquels plus de 860 pesticides différents sont recherchés, 96,5% des échantillons analysés sont conformes aux limites maximales de résidus (LMR) autorisés. L’année précédente, le résultat était de 95,8%. Immédiatement, l’Union des Industries pour la Protection des Plantes qui représente les fabricants de ces produits s’est félicitée de cet excellent résultat qui couronne les efforts de la profession. Il est vrai qu’un chiffre du même rapport conforte l’UIPP dans son analyse, mettant en évidence l’écart entre l’Union européenne, avec seulement 2,4% d’échantillons au-delà des LMR, contre 7,6%, hors de l’Union. Les esprits chagrins font toutefois remarquer que l’impartialité de l’Agence européenne est sujette à caution. Et de rappeler un épisode qui avait défrayé la chronique en 2008. A cette époque, Suzy Renckens, directrice du département OGM de l’EFSA depuis 2003 démissionnait et rejoignait Syngenta, avec comme mission, la sensibilisation des autorités européennes aux vertus des OGM. Une reconversion faite sans respecter un délai de deux ans, comme il est d’usage. Le groupe suisse justement et ses confrères Monsanto, DuPont, Basf, BayerCrop ou Limagrains ont eu le triomphe plutôt discret après la proposition faite, le 13 juillet, par la Commission européenne d’une nouvelle procédure d’autorisation des OGM. Le Commissaire à la santé, John Dalli, largement poussé par son président, José Manuel Barroso, défenseur affiché de ces semences génétiquement modifiées, propose de rendre les Etats de l’Union libres d’autoriser ou non les cultures OGM. La proposition est à double détente. On conserve l’obligation de demander l’autorisation des 27 pour les nouvelles semences, sachant que si autorisation il y a, les gouvernements nationaux pourront, sur leur sol, s’y opposer pour des raisons autres que scientifiques, sanitaires ou environnementales. L’opposition de l’opinion publique serait ainsi un motif recevable. En contrepartie de cet assouplissement, Bruxelles demande aux plus récalcitrants des 27 de ne plus mettre un veto aussi systématique à de nouvelles autorisations. L’objectif est de contourner la règle de la majorité des deux-tiers pour délivrer le fameux sésame. Les opposants à cette proposition se font déjà entendre, comme José Bové ou Corinne Lepage en France, cette dernière dénonçant un rideau de fumée. Mais le Parlement européen qui sera amené à se prononcer sur le sujet compte de nombreux opposants dans son hémicycle. La bataille n’est donc pas terminée. Mais en matière de lobbying, les grands semenciers ont une puissance de feu, à ce jour, inégalée.
Les semences de luzerne OGM de Monsanto vont-elles faire leur retour dans les champs américains ? La Cour Suprême des Etats-Unis va se pencher sur la question le 27 avril prochain. Le groupe agrochimique de Saint Louis espère convaincre les neuf gardiens de la Loi et de la Constitution que la cour fédérale ayant interdit son Roundup Ready® Alfalfa en 2007,pour des motifs essentiellement environnementaux, était sans fondement. Cette semence mise au point en collaboration avec Forage Genetics International, mise en vente depuis 2005, n’a jamais suscité l’opposition de la puissante Food and Drug Administration (FDA) argumentera Monsanto. Elle a également obtenu l’agrément du ministère de l’Agriculture et donné totale satisfaction à 5 500 fermiers. Pour donner plus de poids à sa défense, le semencier a bénéficiera du soutien de pas moins de 18 organisations qui vont, chacune, adresser, à la Cour, des mémorandums connus sous le nom d’« Amici Curiae » Ils y réclameront leur droit à pouvoir opter en toute liberté pour les biotechnologies qu’ils souhaitent. Parmi les soutiens figurent toutes les plus importantes fédérations agricoles – producteurs de blé, soja, sucre, coton, maïs, luzerne évidemment – mais aussi des industries des biotechnologies, la Chambre de commerce des Etats-Unis ou l’Institut national du pétrole. Tous font valoir que le premier jugement traduit une décision regrettable et sans argument scientifique aucun. Une décision qu’il sera intéressant de surveiller au moment où l’administration Obama tente de se forger, via une série de consultations sur tout le territoire une philosophie sur les OGM.
La troisième session plénière du 11e Comité national de la Conférence consultative politique du Peuple chinois (CCPPC), qui s’est tenue du 5 au 14 mars à Beijing, a accordé une attention toute particulière à la politique agricole. Les dirigeants ont affirmé leur intention de réduire les inégalités de revenus entre la campagne et les villes et fixé pour objectif de conduire le pays à une large autosuffisance alimentaire. Cela passe évidemment par une course au rendement. Le pays va-t-il miser sur les OGM pour y parvenir ? « Il n’existe aucune plantation de semences transgéniques en Chine » a affirmé Wei Chao’an, vice-ministre chinois de l’Agriculture. Pour lui, les produits alimentaires génétiquement modifiés ont encore un long chemin à parcourir avant d’arriver dans les magasins. Une affirmation qui vise à rassurer une population largement traumatisée par l’affaire du lait contaminé à la mélanine ayant empoisonné 300 000 bébés et provoquant la mort de six d’entre eux. Le sujet est donc plus que sensible. Aussi, le ministre a même jugé utile de préciser que son ministère n’avait jamais autorisé l’importation de semences génétiquement modifiées pour la culture commerciale. Et pourtant dans le même temps, son administration certifiait deux souches de riz génétiquement modifié. Alors qui doit on croire ? Que Pékin interdise les importations de semences OGM n’est guère étonnant. Le pays tient à son indépendance et ne souhaite certainement se mettre sous la coupe d’une multinationale étrangère, comme Monsanto, par exemple. C’est pourquoi ses universités poursuivent sans relâche leurs programmes sur de nouvelles variétés de riz, coton, soja, maïs ou autres. A la mi-2008, la Chine a approuvé un budget de 4 milliards de Yuans (428 millions d’euros) pour la recherche dans les années à venir. Elle avance prudemment mais de façon déterminée. Par delà son indépendance alimentaire, s’ouvrirait également l’immense marché africain, sur lequel, inexorablement, elle pousse ses pions et serait en bonne position pour damer ceux de ses concurrents du vieux monde.
C’est une opération inédite et insolite que l’administration américaine a lancée, vendredi 12 mars à Ankeny, petite ville de l’Iowa. Le secrétaire à l’Agriculture, Tom Vilsack et l’Attorney General, Eric Holder, ont rassemblé 500 agriculteurs, fonctionnaires et agroindustriels pour évoquer les disparités des prix entre ceux payés aux fermiers et ceux dans les rayons de supermarchés. Un tel débat passionne l’Amérique et ce premier meeting qui sera suivi de cinq autres, dans le reste du pays, a largement été repris par les media. L’objectif est d’obtenir le plus grand nombre de témoignages de gens qui se sentiraient victimes de pressions subies par les géants du secteur, profitant d’une situation de quasi monopole. Toutes les filières sont concernées, aussi bien le lait, que la viande, mais ces premier débats ont rapidement tourné au procès de la firme Monsanto. Il est vrai que celle-ci est, depuis quelques mois, pointée du doigt par le Président lui-même. Il s’était ému en octobre dernier, sans citer de nom, de ce que le prix des semences de soja ou maïs aient plus que doublé en moins de dix ans. Monsanto détient 90% du marché pour les premières et 80% pour les secondes. En janvier, la firme du Missouri a dévoilé faire l’objet d’une enquête de la part du département de la Justice. Sans doute, suite à une plainte de son concurrent, DuPont. Washington brandit donc la menace de faire appel, sans faiblir, aux lois anti-trust pour casser ces situations de quasi monopole. Monsanto est conscient d’être une cible idéale. Elle avait d’ailleurs envoyé un de ses représentants lors de ce meeting pour faire valoir son point de vue. Le même jour, elle adressait un communiqué à la presse, pour rappeler les bienfaits de ses semences OGM dans les progrès de l’agriculture de la nation. Une mise au point davantage destinée à l’opinion publique pour tenter de se débarrasser de son image de grand méchant loup. Pour ce qui est des menaces de rétorsion de l’administration, Monsanto, peut compter sur ses lobbyistes auprès du Congrès et du Sénat car ils sont des orfèvres en la matière. En outre, le financement des futures campagnes électorales des élus est une corde facile à faire vibrer chez eux. La firme gagnera donc sans grande surprise ce bras de fer politique. Quant à la bataille face à l’opinion, c’est beaucoup moins certain. Mais cela ne troublera guère le sommeil des dirigeants au siège mondial situé à Crève Coeur.