avr 12


La lourde déconvenue des élections régionales aura au moins le mérite, pour les agriculteurs, de rendre les hommes politiques de la majorité plus curieux des problèmes du monde rural. Nicolas Sarkozy a donné le coup d’envoi, mardi dernier 7 avril, en se rendant dans une exploitation en région parisienne. Pas d’annonce précise, mais une visite toute médiatique et largement relayée par la presse pour bien faire savoir que le Président n’entendait pas laisser tomber les paysans. Visite de parcelles de culture et opération questions-réponses dans un hangar au milieu des bottes de foin. En costume cravate, toutefois. Dominique de Villepin a fait beaucoup mieux, vendredi en visite dans les Hauts de Saône. Il n’a pas hésité à troquer son complet veston habituel pour une tenue de travail agricole et un gilet aux couleurs du syndicat Jeunes Agriculteurs. Il n’a pas hésité à traire une vache et pris dans ses bras un agneau, une variante du porcelet qu’il avait bercé lors du dernier salon de l’agriculture. L’ancien premier ministre y prend décidément goût. Le même jour, Bruno Le Maire, ministre de Nicolas Sarkozy, mais fidèle à Dominique de Villepin, faisait aussi un retour à la ferme, dans l’Eure, son fief électoral où il a toutefois largement chuté lors des régionales. Un retour aux sources après les estrades de la campagne électorale. Toutes ces manifestations « d’intérêt » sauront elles convaincre les agriculteurs ou apparaîtront-elles comme des manœuvres purement électoralistes ? Officiellement tous les agriculteurs qui ont assisté à ces escapades fermières se sont félicités de ce que leurs visiteurs aient su les écouter et comprendre leurs problèmes. L’absence remarquée de certains de leurs leaders, lors des dernières sorties du Président, laisse toutefois perplexe. Devant tant d’empressement, le bon sens paysan, les rendrait-ils dubitatifs ? Quant au parti socialiste, on ne peut guère l’accuser de faire de la surenchère. Il est d’une discrétion assourdissante.

mar 26


Alors que les éleveurs laitiers sont de plus en plus exaspérés par l’attitude des industriels qui ne veulent pas appliquer l’accord interprofessionnel conclu en juin 2009 de revoir à la hausse les prix prévus, à compter du 1° avril, Lactalis joue la provocation. Dans un communiqué publié hier 25 mars, le numéro trois mondial, avec ses marques Lactel, Bridel, Lepetit, Roquefort Société, verse une larme sur le sort du secteur. Elle juge « très préoccupante la situation de la filière laitière » et demande de vraies négociations afin de lutter contre les écarts de prix avec les produits allemands, sans dire que ceux-ci n’ont pas le même degré de qualité ou de sophistication.  Les « éleveurs apprécieront » ironise la Fédération des éleveurs devant tant d’arrogance. Et de rappeler que les victimes de la crise du lait, sont avant tout les paysans qui ont vu leur revenu baisser de 54% en 2009 pour se situer à un niveau moyen très en dessous du Smic et que plus de 20% d’entre eux ont un revenu négatif. Et de mettre en avant la mauvaise foi de Lactalis qui voudrait apitoyer les populations sur son sort. Le groupe réalise un chiffre d’affaires de 9 milliards d’euros. Ses bénéfices ne sont pas publiés, ce qui est son droit, moyennant amende payée au greffe du tribunal. Mais ils doivent être confortables insinue la FNPL, car elle a eu les moyens suffisant pour investir plus de 800 millions, ces derniers mois en Espagne afin de faire de nouvelles acquisitions. La clarté est pourtant une des valeurs affichées sur le site de l’entreprise « familiale » de Mayenne. Tout comme « un engagement qui garantit le respect des hommes et la mise en valeur de leur savoir-faire ». A condition, sans doute, de passer sous ses fourches caudines. Les agriculteurs (FNSEA et Jeunes Agriculteurs) de l’Ille et Vilaine qui ont bloqué ses laiteries l’apprendront à leurs dépens cet après-midi, devant le tribunal des référés de Rennes. Les fermiers livrant Entremont et privilégiant leur rachat par Lactalis plutôt que par la coopérative Sodiaal devraient peut-être y regarder de plus près.