avr 23


En se rendant dans une exploitation agricole de l’Essonne le 6 avril dernier, Nicolas Sarkozy lançait le début de sa campagne de séduction du monde agricole. Les représentants des grandes cultures, pourtant les « plus nantis » des agriculteurs, même en ces temps de crise avaient fait part, dès le lendemain, de leur scepticisme devant les mesures que le chef de l’Etat assurait vouloir mettre en œuvre, pour « ne laisser personne au bord du chemin », selon sa formule désormais consacrée. Las, le comité de suivi des grandes cultures du 14 avril a accouché d’une souris, les mesures étant reportées à la fin de l’année, et encore, si l’évolution de la conjoncture les justifiait toujours. « Chat échaudé craint l’eau froide » n’est pas un problème paysan pour rien, et les céréaliers d’Ile de France maintenaient leur mot d’ordre de manifestation sur les Champs Elysées pour le 27 avril. Mieux, ils sont maintenant rejoints par de plus en plus d’exploitants du nord du pays ou de Champagne et même de Midi Pyrénées. Ils l’ont largement fait savoir au cours d’une conférence de presse, dans les locaux mêmes de la FNSEA, alors que leur Président Jean-Michel Lemétayer avait été reçu la veille à l’Elysée. En langage de commentateur politique, au lendemain d’élections, on appelle cela « un désaveu ». L’ampleur du défilé qui se déroulera sur le parcours traditionnellement réservé aux syndicats ouvriers ou enseignants, entre Batille, Nation et République permettra de juger si ce terme de désaveu n’est pas un peu faible. Les agriculteurs rejoignent, pour se faire entendre, les grands boulevards réservés « aux damnés de la terre ».

mar 27

Il était une fois un souverain qui régnait sans partage sur sa nation et ne souffrait pas que l’on contestât son autorité et sa clairvoyance. Il décida, après large concertation, d’instaurer une dîme, applicable à tous et destinée à protéger le patrimoine naturel de son pays et du monde. Un enjeu capital, assurait le sire, qui était tout pénétré de l’importance de cette avancée pour l’humanité. Cependant certaines confréries ne cachaient pas leur hostilité à ce projet qui contrecarrait leurs intérêts bien sentis. Sur ces entrefaits, intervint une consultation du peuple qui devait élire ses représentants dans les régions. Elle avait un objet qui dépassait largement la simple question de l’impôt devant protéger la nature. Le peuple lui fit injure de préférer des hommes non affidés au souverain et lui infligèrent un cinglant revers. Tout à sa déception, il imputa cet affront à ce projet d’impôt, cause de tous les mécontentements de ses sujets. Il décida donc de faire volte face et de l’enterrer sans autre forme de procès. Une de ses ministres qui, depuis des années ferraillait, pour convaincre la population de montrer plus de respect en faveur de la nature, et avait largement œuvré pour cette taxe, eut l’outrecuidance de ce déclarer consternée. Elle le clama haut et fort, tout en dénonçant la pression de certaines corporations. Le souverain en fut fort irrité et, publiquement désavoua, en termes fort peu obligeants sa ministre, pour avoir eu l’outrecuidance de rester fidèle à son combat et surtout de l’avoir proclamé. Cette histoire n’a pas de morale. PS : Dans le vrai monde, la ministre Chantal Jouanno aura eu le réconfort de recevoir le soutien d’Alain Juppé, nommé par Nicolas Sarkozy et qui fut un des grands artisans de cette taxe carbone, ainsi que de Daniel Cohn-Bendit qui salua son courage.  

mar 25


Depuis la déroute électorale subie par le gouvernement, les déclarations de Nicolas Sarkozy ne cessent de surprendre, tant elles constituent des ruptures sur les précédentes orientations de la part d’un Président qui affirme maintenir coute que coute le cap. La plus emblématique est sans doute la reculade sur la taxe carbone. Contrairement au discours officiel, il s’agit d’un signe fort envoyé à la majorité parlementaire, au patronat et aux agriculteurs. Le Président n’avait certes pas de cadeaux à faire aux écologistes qui n’ont guère donné leur bulletin à celui qui avait présenté son projet de loi comme aussi fondamental que l’abolition de la peine de mort. Mais cette reculade a contraint, Jean Louis Borloo à un exercice de contorsionniste pour lequel il manque de souplesse (tant au propre qu’au figuré) et le voit accusant carrément l’opposition et les verts d’être responsables de ce retrait. Autre changement de pied, le soudain intérêt pour l’agriculture. Même les responsables syndicaux le confirment au lendemain de son discours de l’Elysée : il a enfin pris la mesure de la crise. Il promet de défendre au mieux les intérêts d’un secteur qui l’a largement boudé lors du scrutin, contrairement à ses habitudes. Mais on peut se demander si brandir la menace d’un bras de fer avec Bruxelles est la meilleure tactique pour aborder une négociation que l’on affirme vouloir réussir. Changement de ton également vis-à-vis des  médecins. La seule chose qui ne change pas, est l’assurance affichée : « Vous attendez des résultats. Ces résultats vous les aurez » assène le chef de l’Etat. Surprenant de la part d’un homme qui s’entoure de moult politologues et savent que l’une des raisons du désaveu de dimanche tient pour beaucoup aux promesses non tenues. D’autre part, il a esquivé les questions qui inquiètent le plus les électeurs, chômage, pouvoir d’achat, protection sociale. Les députés qui se réjouissent haut et fort de ce changement de cap, auront peut-être une toute autre appréciation, lorsqu’ils redescendront dans leurs circonscriptions cette fin de semaine et prendront le pouls du terrain. La mobilisation des producteurs de lait contre les industriels, par exemple, prouve à l’envi que le problème de l’agriculture n’est pas du seul fait de Bruxelles, mais que Paris devrait s’en saisir également.

 

PS : un lecteur du quotidien britannique The Guardian, commentant l’article de son journal consacré à ce  maintien du cap en France, a adressé ce commentaire très british : « And the Titanic sails on ».