Producteurs laitiers, coopératives et industries privées ont finalement enterré la hache de guerre hier dans leur querelle sur la fixation des prix du lait pour le trimestre commençant demain. Bruno Le Maire qui a largement fait pression pour parvenir à cet accord ne masquait pas sa satisfaction devant le résultat obtenu. Il lui reste maintenant à transformer cet essai pour parvenir à un accord sur le long terme. A en croire, les visages des trois présidents des fédérations respectives ayant accepté l’accord, la partie est loin d’être gagnée. Sans conteste, Henri Brichart, pour les éleveurs, Gérard Budin pour les coopératives et Olivier Picot pour les industriels privés, se sont tous félicités de ce compromis. Toutefois, ils n’étaient guère souriants, derrière leur ministre de tutelle. Il est vrai qu’ils vont encore avoir de rudes négociations et de bonnes raisons de s’empoigner sur la définition des trois coefficients que le ministre leur a demandés de mettre au point pour la révision régulière des prix. On sentait bien que l’enthousiasme n’était pas au rendez-vous, malgré les déclarations convenues de satisfaction que chacun a faites devant la presse. Il demeure en outre une inconnue de taille, à savoir l’attitude de la grande distribution dans sa politique d’achat. La question fut posée au ministre, mais il botta en touche, arguant que ce n’était pas l’ordre du jour, l’essentiel étant la convergence des trois familles de l’interprofession. Les paysans pourtant, lorsqu’ils manifestent leur mécontentement, ont deux cibles privilégiées : les laiteries, privées ou coopératives, et les grandes surfaces. Ils savent bien que celles-ci pèsent de tout leur poids hégémonique dans les négociations de prix. Leurs collègues allemands le savent bien. Ils attaquent en ce moment la révision des prix qui leur seront payés à compter du 1° mai. Et tous de redouter un diktat des géants que sont Lidl et Aldi. Il est illusoire de vouloir croire que l’accord tripartite obtenu hier, règle tout. Il ne faudrait pas non plus oublier les militants des autres syndicats agricoles, Coordination rurale et Confédération paysanne ou d’associations comme l’Apli, non consultés sur le sujet, ni même les adhérents du syndicat majoritaire, la Fnsea. Peut-être un début de réponse ces deux jours, lors du congrès national à Auxerre. On verra si le soldat Brichart a sauvé le général Lemétayer.
mar 31