Une grande première pour les quatre grands pays du BRIC qui ont tenu leur premier sommet agricole du 26 au 30 mars à Iekaterinburg (anciennement Sverdlosk) dans l’Oural. Guilherme Cassel, ministre brésilien de la Réforme agraire, Yelena Skrynink, ministre russe de l’Agriculture et ses homologues Sharad Pawar pour l’Inde et Han Changfu pour la Chine se sont accordés pour mettre en commun leur potentiel agricole afin de lutter contre la faim dans le monde. « Nous ne pouvons lutter, à nous seuls contre ce fléau, mais nous pouvons aider la communauté internationale » à l’endiguer, a déclaré le ministre indien. Parmi les grandes orientations figure la création d’un système d’échange d’informations qui permettront à chacun des quatre pays de mieux appréhender ses productions et orienter ses politiques de stockage. Ils comptent également travailler à la lutte contre les changements climatiques et au développement de nouvelles technologies « vertes ». A eux quatre, ils disposent d’une force de frappe impressionnante : 25,9% de la superficie du globe, 32% des terres arables, 40% de la population mondiale. Ils produisent 40% du blé dans le monde, 50% de la viande de porc et 30% de celle de volailles. Ils en appellent aux pays industrialisés pour aider les pays en voie de développement à mettre en place un développement agricole, de concert avec eux. Toute la question sera de savoir si les anciens champions agricoles sont prêts à coopérer avec ceux qui sont désormais leurs plus dangereux concurrents. D’autant que ces derniers ne sont pas sans arrière pensée sur la conquête des marchés africains . Et ils n’oublient pas leurs intérêts propres. Ils ont tous les quatre profité de sommet pour évoquer de futures relations bilatérales. A aucun moment, il n’a été fait mention de l’OMC.
La troisième session plénière du 11e Comité national de la Conférence consultative politique du Peuple chinois (CCPPC), qui s’est tenue du 5 au 14 mars à Beijing, a accordé une attention toute particulière à la politique agricole. Les dirigeants ont affirmé leur intention de réduire les inégalités de revenus entre la campagne et les villes et fixé pour objectif de conduire le pays à une large autosuffisance alimentaire. Cela passe évidemment par une course au rendement. Le pays va-t-il miser sur les OGM pour y parvenir ? « Il n’existe aucune plantation de semences transgéniques en Chine » a affirmé Wei Chao’an, vice-ministre chinois de l’Agriculture. Pour lui, les produits alimentaires génétiquement modifiés ont encore un long chemin à parcourir avant d’arriver dans les magasins. Une affirmation qui vise à rassurer une population largement traumatisée par l’affaire du lait contaminé à la mélanine ayant empoisonné 300 000 bébés et provoquant la mort de six d’entre eux. Le sujet est donc plus que sensible. Aussi, le ministre a même jugé utile de préciser que son ministère n’avait jamais autorisé l’importation de semences génétiquement modifiées pour la culture commerciale. Et pourtant dans le même temps, son administration certifiait deux souches de riz génétiquement modifié. Alors qui doit on croire ? Que Pékin interdise les importations de semences OGM n’est guère étonnant. Le pays tient à son indépendance et ne souhaite certainement se mettre sous la coupe d’une multinationale étrangère, comme Monsanto, par exemple. C’est pourquoi ses universités poursuivent sans relâche leurs programmes sur de nouvelles variétés de riz, coton, soja, maïs ou autres. A la mi-2008, la Chine a approuvé un budget de 4 milliards de Yuans (428 millions d’euros) pour la recherche dans les années à venir. Elle avance prudemment mais de façon déterminée. Par delà son indépendance alimentaire, s’ouvrirait également l’immense marché africain, sur lequel, inexorablement, elle pousse ses pions et serait en bonne position pour damer ceux de ses concurrents du vieux monde.
C’est une opération inédite et insolite que l’administration américaine a lancée, vendredi 12 mars à Ankeny, petite ville de l’Iowa. Le secrétaire à l’Agriculture, Tom Vilsack et l’Attorney General, Eric Holder, ont rassemblé 500 agriculteurs, fonctionnaires et agroindustriels pour évoquer les disparités des prix entre ceux payés aux fermiers et ceux dans les rayons de supermarchés. Un tel débat passionne l’Amérique et ce premier meeting qui sera suivi de cinq autres, dans le reste du pays, a largement été repris par les media. L’objectif est d’obtenir le plus grand nombre de témoignages de gens qui se sentiraient victimes de pressions subies par les géants du secteur, profitant d’une situation de quasi monopole. Toutes les filières sont concernées, aussi bien le lait, que la viande, mais ces premier débats ont rapidement tourné au procès de la firme Monsanto. Il est vrai que celle-ci est, depuis quelques mois, pointée du doigt par le Président lui-même. Il s’était ému en octobre dernier, sans citer de nom, de ce que le prix des semences de soja ou maïs aient plus que doublé en moins de dix ans. Monsanto détient 90% du marché pour les premières et 80% pour les secondes. En janvier, la firme du Missouri a dévoilé faire l’objet d’une enquête de la part du département de la Justice. Sans doute, suite à une plainte de son concurrent, DuPont. Washington brandit donc la menace de faire appel, sans faiblir, aux lois anti-trust pour casser ces situations de quasi monopole. Monsanto est conscient d’être une cible idéale. Elle avait d’ailleurs envoyé un de ses représentants lors de ce meeting pour faire valoir son point de vue. Le même jour, elle adressait un communiqué à la presse, pour rappeler les bienfaits de ses semences OGM dans les progrès de l’agriculture de la nation. Une mise au point davantage destinée à l’opinion publique pour tenter de se débarrasser de son image de grand méchant loup. Pour ce qui est des menaces de rétorsion de l’administration, Monsanto, peut compter sur ses lobbyistes auprès du Congrès et du Sénat car ils sont des orfèvres en la matière. En outre, le financement des futures campagnes électorales des élus est une corde facile à faire vibrer chez eux. La firme gagnera donc sans grande surprise ce bras de fer politique. Quant à la bataille face à l’opinion, c’est beaucoup moins certain. Mais cela ne troublera guère le sommeil des dirigeants au siège mondial situé à Crève Coeur.