Le ministre français de l’Agriculture qui accueillait hier ses homologues des 19 nations les plus riches de la planète pour un premier et inédit sommet consacré aux dérèglements des cours agricoles mondiaux, s’est félicité de la réussite de cette réunion. « Aujourd’hui est un grand jour, nous sommes parvenus à un accord historique », s’est réjoui Bruno Le Maire. « C’est un tour de force pour la communauté internationale », a-t-il ajouté, assurant que cet accord contenait des « mesures concrètes, loin des déclarations de principe. Même enthousiasme de la part de son collège américain, Tom Vilsack qui a salué, dans une déclaration écrite, le consensus obtenu « pour résoudre les défis pressants de la faim et de la volatilité des prix des denrées alimentaires ». La France proposait un plan d’actions, en cinq points : réinvestir dans l’agriculture mondiale pour « produire plus et mieux », accroître la transparence des marchés, améliorer la coordination internationale pour prévenir et gérer les crises et réguler les marchés de dérivés de matières premières agricoles. Sur le premier point, tous sont convenus qu’il fallait augmenter la production agricole mondiale, en cherchant par exemple à améliorer la productivité en ce qui concerne le blé. Concernant un accord sur la transparence des stocks mondiaux, la déclaration finale, prenant en compte les réticences de la Chine et de l’Inde, est beaucoup plus évasive. Un système d’information sur les marchés, baptisé AMIS sera mis en place sous la houlette de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO). Cette base de données doit « encourager » les pays à partager leurs données et à améliorer les systèmes d’information existant, sans toutefois prévoir de mesure coercitive. Les ministres du G20 ont toutefois soigneusement peu engagés sur le sujet controversé des biocarburants souvent accusés d’être l’un des facteurs de la hausse des prix de certains produits agricoles, comme le maïs ou la canne à sucre. « Le sujet n’est pas mûr », avait argumenté Bruno Le Maire, ne souhaitant pas « multiplier les sujets d’affrontement ». Ils n’ont pas souhaité adopter de mesures encadrant leur production. Les Etats-Unis, le Brésil, le Canada et la France figurent parmi les pays suspectés d’avoir bloqué toute avancée en la matière. Les organisations non gouvernementales qui attendaient beaucoup de ce sommet et avaient salué l’initiative française se sont montrées largement déçues de cet accord qualifié « d’à minima ». Ainsi, Oxfam voit dans cet accord « plutôt un cataplasme sur une jambe de bois, très loin de la chirurgie massive vraiment nécessaire pour s’attaquer à la crise alimentaire ». Les ministres de l’Agriculture s’étaient mis d’accord pour s’attaquer à certains effets des prix élevés et volatiles, mais ils n’ont même pas réussi à introduire les mesures nécessaires pour empêcher l’envolée des prix hors de tout contrôle, estime l’ONG qui espère que le G20 Finance qui se réunira en juillet peut encore s’attaquer à la spéculation. La presse étrangère n’a pratiquement pas fait état de cette réunion, préférant se focaliser sur la crise en Grèce.